CD Recueil Vasnier

 

Critique du Magazine "CRESCENDO"

 

Interview Televesdre

 

Televesdre Interview Anne Renouprez Diffusion

Televesdre Interview Eliane Reyes nouveau CD

 

Interview radio rtbf

émission radio Culture Club mardi  17 mai  à 14h00 en direct à la RTBF

Interview Culture Club Invitées Anne Renouprez et Eliane Reyes RTBF

"Autour de midi" à propos du cd Tansman (et Debussy avec Anne Renouprez) en podcast:

 

Articles de presses

"Parutions dans L'Eventail"

 

 

Une premiere mondiale

 

Une première mondiale pour l'intégrale du Recueil Vasnier de Debussy…

Par deux artistes belges !!

 

 

 

Préambule à la lune

 

Je n'ai jamais cru au hasard qui, dit-on, fait bien les choses. En revanche, l'idée du "fatum" m'est toujours apparue comme intéressante. Je pense que de petits pas en petits pas, nous accédons à ce que nous sommes et à ce que nous tentons de devenir.

S'il me plaît de vous servir ces pages, c'est parce qu'elles disent bien qu'une passion mène à une autre. Et que les passions commencent souvent par une très belle histoire: Ainsi donc...

"Le jour de mes douze ans, j'ai reçu une poupée de porcelaine vêtue d'un sarrau blanc à collerette noire. Sur sa joue enfarinée perlait une larme, sur sa tête était posée une calotte noire.

Trois ans s'écoulèrent, au clair de la lune, avant que je n'arrive à percer le mystérieux silence de mon ami Pierrot...

C'est dans "Les Enfants du Paradis" que j'ai reconnu ma poupée de porcelaine, qu'incarnait Jean-Louis Barrault. Mon ami Pierrot s'appelait en réalité Jean Gaspard Baptiste Debureau..."

 

A cette époque, une singulière petite fille partageait mes jeux. Elle s'appelait Eliane Reyes.

L'histoire ne s'achève pas ici. Il m'arrive encore de courir, en rêve, sur les pavés du Boulevard du Crime, comme l'aura très certainement fait un jeune homme un peu fou et constamment dans la lune. Il avait, à dix-neuf ans élu pour Colombine une belle rousse aux yeux verts nommée Marie Blanche Vasnier. Je veux parler bien sûr de Claude Achille Debussy.

C'est donc grâce à mon ami Pierrot qu'est née ma passion pour le Debussy d'avant Rome. La dédicace à Marie Vasnier, reproduite par les éditions Jobert en première page des "Quatre Chansons de jeunesse" a piqué ma curiosité quand j'étais encore au Conservatoire. J'ai appris qu'il s'agissait là d'une sélection faite en mai 1926 par la Revue Musicale et ai découvert avec délectation la suite de cette production enchanteresse.

Un jour, j'ai parlé de ma fascination pour cette période et cette oeuvre à Eliane qui, grande inconditionnelle de Debussy s'est enthousiasmée de cette passion commune. L'idée de ce disque nous est dès lors apparue la plus naturelle du monde.

Nous sommes fières aujourd'hui de vous la faire partager et de vous présenter la première version complète du "Recueil Vasnier".

Anne Renouprez

 

Programme :

 

Sur des poèmes de Théodore de Banville :

 

Nuits d'étoiles (02'42) (L4, 1880)

Caprice (01'24) (L5, 1880)

Rêverie (02'06) (L8, 1880)

Souhait (02'10) (L11, 1881)

Triolet à Phillis {Zéphyr} (01'16) (L12, 1881)

Les Roses (01'21) (L13, 1881)

Pierrot (01'42) (L15, 1881)

Aimons-nous et dormons (02'27) (L16, 1881)

Le Lilas (01'34) (L22, 1882)

Fête Galante: Voilà Sylvandre et Lycas et Myrtil (01'50) (L23, 1882)

Sérénade: Las, Colombine a fermé le volet (01'52) (L34, 1882)

Il dort encore (02'42) (L37, Fragment non orchestré de Hymnis , 1882)

 

Recueil Vasnier :

 

Fantoches (01'31) (L21, 1882, Paul Verlaine)

Calmes dans le demi-jour: En Sourdine (03'11) (L28, 1882, P.V)

Mandoline (01'38) (L29, 1882, P.V)

Pantomime (02'15) (L 31, 1882, P.V)

Claire de lune (02'29) (L32, 1882, P.V)

Coquetterie posthume (03'14) (L39, 1883, Théophile Gautier)

Chanson Espagnole {Duo pour voix égales}* (03'28) (L42, 1883, Alferd de Musset)

Romance: Silence ineffable (02'31) (L43, 1883, Paul Bourget)

Musique (01'40) (L44, 1883, P.B)

Paysage sentimental (02'38) (L45, 1883, P.B)

Romance: Voici que le printemps (02'18) (L52, 1884, P.B)

La romance d'Ariel (04'31) (L54, 1884, P.B)

Regret (02'28) (L55, 1884, P.B)

 

* avec le ténor Yves Saelens

 

Stéphane Mallarmé

 

Apparition (03'19) (L53, 1884)

 

Fiche technique :

 

Gianni FABBRINI : Directeur artistique

Hughes MARECHAL : Ingénieur du son

Bertrand de WOUTERS d'OPPLINTER : Producteur exécutif

Michel W. HUON : Mastering (à Odéon 120)

 

Enregistrement à TROOZ (Belgique) du 1 er au 3 novembre 2010.

Sortie physique du disque : février 2011.

Frédéric LUCA LANDI : Tenues et photographies

Tay Yang Sue, WaH !Studio : Conception graphique

 

Label : Pavane

Distribution: Benelux: A.M.G. Records

France: I.L.D.

Suisse: HARMONIA MUNDI MUSICORA

USA: QUALITON Imports Ltd.

Italie: LA BOTTEGA DISCANTICA, Milano

.../...

 

Le duo Renouprez-Reyes

 

La soprano Anne Renouprez et la pianiste Eliane Reyes ont grandi à Verviers en Belgique. Anne est originaire du Kashmir Indien et a été adoptée par une famille comptant douze enfants. Eliane est issue d'une famille de musiciens et est belgo-mexicaine.

 

Complices dés l'enfance, et forte de leur bagages musicaux respectifs, Anne et Eliane ont donné leur premier concert ensemble au Grand Théâtre de Verviers en octobre 2008. En août 2009, le duo Renouprez-Reyes s'est particulièrement distingué lors de la Nuit Musicale de Beloeil où elles ont brillamment interprété quatre fois dans la même soirée les difficiles « Ah non credea mirarti » de la Sonnambula de Bellini suivi de la « Scène de la Follie » de Lucia di Lammermoor de Donizetti.

 

Eliane et Anne ont de nombreux récitals en perspectives pour les deux saisons à venir, tant dans le répertoire opératique que dans celui plus intimiste du lied et de la mélodie. Elles ont fait salle comble le 15 juin dernier au Fort 4 à Morstel pour l'ouverture du Festival Orféo avec un récital « Tutto l'Opera » allant de la Reine de la Nuit à Traviata en passant par le célèbre air de la Norma particulièrement applaudit. Elles tourneront en Inde en automne 2011.

 

Leur premier disque ,« Recueil Vasnier » de Debussy sortira en distribution mondial chez le label Pavane à la mi-février 2011.L a marraine de ce beau projet n'est autre que la célèbre mezzo américaine Jennifer Larmore qui a signé la préface de ce disque.

 

Des concerts sont déjà prévus:

•  16 février 2011 : Concert privé à Bruxelles

•  24 février 2011: Concerts du Midi de la ville de Liège

•  25 février 2011 : Grand Théâtre de Verviers

•  12 mai 2011: Centre Culturel de Waterloo

•  18 mai 2011: Espace Senghor

Anne Renouprez

La soprano Anne Renouprez a étudié la Danse Classique et l'Art Dramatique, l'Histoire de la Littérature et l'Histoire du Spectacle avant d'entreprendre des études musicales.

Au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles et de Mons, elle obtient deux diplômes de Premier Prix en Chant Opéra et en Musique de Chambre ainsi qu'un Diplôme Supérieur d'Art Lyrique avec la plus grande distinction salués par les Prix Rotteux, Doutrelon de Try, Vindelinck et Lerminiaux. La saison 2006-2007, elle a suivi le programme pour jeunes chanteurs du Flanders Operastudio van Vlanderen (Gent).

Après avoir étudié deux ans avec le ténor Giuseppe Morino, elle poursuit sa formation avec le maestro Gianni Fabbrini à Florence ainsi qu'auprès du pianiste Peter Tomek, chef des études musicales de la Monnaie. Elle est en parallèle, l'élève de Catherine Green à New York.

En avril 2010, Anne Renouprez a participé à la Master Class   Don Giovanni   de Ruggero Raimondi pour FR3 (produite par Alain Duault) à la salle Gaveau (Paris). Elle y a incarné Donna Anna puis Zerlina.

Son répertoire va de Caccini, Bach, Dauvergne, Haendel, Mozart (Donna Elvira, Don Giovanni) , Rossini, Donizetti, Bellini, Chausson ( Le Roi Arthus à La Monnaie en 2003) jusqu'à Stravinsky (Anne Truelove, The Rake's Progress ).

Anne Renouprez a fondé deux ensembles baroques : Sfumatura Stravagante et Il Sogno Barocco . Avec ceux-ci, elle a produit quantités d'opéra de chambre et s'est produite à Malte pour deux concerts exceptionnels.

En tant que concertiste, elle a notamment tourné avec " The Belle Epoque Orchestra " sur " Straussissimo!" et a donné un grand nombre de concerts de Bel Canto, son répertoire de prédilection, avec entre autre Gianni Fabbrini, Hein Boterberg, Peter Tomek et Eliane Reyes.

En septembre 2008 elle a donné son premier récital à la Monnaie avec Daniel Blumenthal. Toujours à La Monnaie, Anne Renouprez a été stagiaire Lucia sur la production de Lucia di Lammermoor 2009.

A la rentrée 2010-2011, Anne Renouprez a chanté sa première Lucia di Lammermoor (mise en scène Bettina Giese, direction Peter Tomek).

En outre, Anne Renouprez est membre de la Commission supérieure de la musique classique de la Communauté Française de Belgique.

http://www.annerenouprez.com

Eliane Reyes

 

«  Un merveilleux talent pour la musique  » Martha Argerich

« Concerto de Haydn touchant, prenant, inoubliable   !  » Tibor Varga

«  In the last few years, nobody impressed me as much as this young pianist, she is already a real artist and deserves all the help to establish hersef publicly . » Vladimir Ashkenazy

Personnalité éclatante de la scène musicale d'aujourd'hui, la pianiste belge Eliane Reyes doit à la précocité  de sa vocation – elle donna son premier concert à 5 ans – d'avoir, à l'âge de trente-trois ans, accompli une trajectoire surprenante. Elle  s'est produite tant en Amérique du Nord qu'en Extrême-Orient , et, bien sûr, partout en Europe, et ce dans des festivals aussi divers que le Klavier-festival Ruhr, les Schwetzinger Festspiele, le Festival van Vlaanderen, le Festival de Wallonie, les Flâneries Musicales de Reims, le Festival Chopin de Nohant, le  Festival David Oistrackh en Estonie, l' Al Bustan au Liban, et des salles aussi prestigieuses que le Concertgebouw d'Amsterdam, le Musikverein à Vienne, le Konzerthaus à Berlin, la Liederhalle à Stuttgart, le Festspielhaus de Baden-Baden, la Musikhalle à Hambourg, le Palais des Beaux-Arts à Bruxelles, la Cité de la Musique à Paris ont accueilli ses prestations. Sous la direction de chefs tels que Rudolph Barshai,Heribert Beissel, Lionel Bringuier,Sergiu Commissionna,René Defossez,Grant LLewellyn,Tibor et Gilbert Varga.


Ses partenaires de musique de chambre ont pour nom, entre autres, Aldo Baerten, Philippe Bernold, Elisabeth Deletaille,Henri Demarquette, Jean-Marc Fessard, Lorenzo Gatto, Bernadetta Grabias, Elsa Grether, Florent Héau, Philippe Koch, Jérôme Laran, Frédéric Pélassy, Anne Renouprez, Céline Scheen, Sébastien van Kuijk, Ronald van Spaendonck, les quatuors Danel, Elysée et Parkanyi. Elle s'est également produite avec Marc Coppey, Misha Maisky, François-Joël Thiollier, Jean-Claude Vanden Eynden et José Van Dam.

Au terme d'une tournée en récital à Kiev, Saint-Petersbourg et Moscou, Eliane Reyes est surtout engagée en cette saison 2010/2011, en  partenariat avec le violoniste Lorenzo Gatto dans une vaste  tournée « Rising Stars » à travers plusieurs capitales européennes. Elle vient également de se produire  avec le quatuor Parkanyi au Festival de Val-Dieu dans un programme Schumann et Brahms, et a créé « Esquisse d'automne » de Nicolas Bacri en hommage à Henri Dutilleux et en présence du compositeur pour les vingt ans du Festival d'Auvers-sur-Oise.


Eliane Reyes s'est vue décerner, toujours en 2010, une Octave de la Musique  distinction accordée par un jury d'une centaine de personnalités de la presse, des medias, et du monde de la musique belges, pour l'ensemble de sa carrière
Née à Verviers en 1977, Eliane Reyes a commencé à étudier le piano avec sa mère et reçoit dès l'âge de cinq ans le prix « César Franck » des mains de Jörg Demus.
Ses études se sont déroulées dans l'entourage de grands  maîtres qui l'encouragent dès son plus jeune âge. Elle a dix ans quand  elle rencontre Gyorgy Cziffra et sera l'une des plus jeunes lauréates de sa fondation. D'autres rencontres décisives suivront : Martha Argerich, Vladimir Ashkenazy Michel Béroff, Brigitte Engerer, Hans Leygraf, Jacques Rouvier, Jean-Claude Vanden Eynden et Alan Weiss. Elle a également le privilège de jouer pour les masterclasses de Paul Badura-Skoda, Abdel-Rahman El-Bacha, Murray Perahia et Gyorgy Sebök, Natalia Gutmann et Mstislav Rostropovitch. Elle suit un cursus au sein du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (3ème cycle), du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles, de la « Chapelle Musicale Reine Elisabeth », de la Hochschule der Künste de Berlin et du Mozarteum de Salzbourg, qui lui valent chaque fois les plus hautes récompenses.

Lauréate de plusieurs concours internationaux (1er prix à Ettlingen, Allemagne ; 1er prix du concours Cervantes à Cuba ; finaliste des concours internationaux de Montréal, Clara Schumann à Düsseldorf, Maria Canals en musique de chambre etc.), Eliane Reyes, depuis ses débuts avec l'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam et du festival Tibor Varga à l'âge de 11 ans, s'adonne à une carrière de soliste et de chambriste saluée autant par un public enthousiaste que par une presse élogieuse. Lauréate des fondations Belge de la Vocation, Rheinold Blüthner, Sir Georg Solti, elle enseigne actuellement en tant que professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.


Sa discographie comporte des œuvres de compositeurs contemporains tels que Nicolas Bacri, Claude Debussy, Michel Lysight, Darius Milhaud, Jean-Marie Simonis et Alexandre Tansman pour les firmes Naxos, Fuga Libera, Pavane, Dux et Kalidisc, enregistrements tant en récital qu'en musique de chambre qui ont obtenu des récompenses diverses : 4 étoiles dans «Classica », 5 Diapasons à deux reprises dans la revue Diapason ainsi qu'un Award Recomendado dans le magazine musical espagnol  CD Compact.

http://www.eliane-reyes.com

 

Projet discographique Debussy

 

«  Eliane et moi-même avons comme rêve, depuis des années, d'enregistrer le Recueil Vasnier…la production du jeune Debussy nous touchant particulièrement.

 

Est-ce la magie de cette histoire d'amour avec Marie Blanche Vasnier...ou la sensibilité palpable à chaque note d'un jeune homme perdu dans son siècle et rêvant Pierrot, Colombine et Boulevard du Temple qui ne cesse de nous émouvoir?  » Anne Renouprez

 

Il n'existe à ce jour aucune version complète du « Recueil Vasnier ». Nous avons souhaité enregistrer cette œuvre dans son intégralité et pour ce faire, nous avons reçu le concours du ténor belge Yves Saelens. La pièce manquante est en occurrence un Duo pour voix égales intitulé "Chanson Espagnole" (L42) d'après Musset . Ecrit pour ténor et soprano, Debussy l'interprétait lui-même depuis son tabouret de piano, donnant ainsi la réplique à sa belle.

 

Achille Claude Debussy a écrit trente-neuf  mélodies avant de partir pour la Villa Médicis en janvier 1885. Trente-huit d'entre elles sont dédiées à Marie Blanche Vasnier et la première à Madame de Moreau-Sainti, professeur de chant chez laquelle les amants se sont rencontrés (Il s'agit de « Nuits d'étoiles » d'après Banville, L4).

 

En février 1884, Achille Claude offrira à Marie treize de ces pièces (dont le duo « Chanson Espagnole » ). Copiées de sa main, il les fit relier en maroquin souple, y écrivit la célèbre dédicace et nomma simplement l'ouvrage "Chansons" .

 

Ces douze mélodies sont composées à partir des « Fêtes Galantes » de Verlaine, des «  Aveux  » et «  Poésies, deuxième livre » de Paul Bourget ainsi que d'un unique poème de Théophile Gautier, « Coqueterie Posthume » tiré d' « Emaux et Camées ».

 

Notre souhait a été d'ajouter à ce que l'Histoire a retenu sous le titre de Recueil Vasnier , les onze mélodies qu'Achille Claude a écrit pour Marie sur les textes de Théodore de Banville. Avant le Prix de Rome de Debussy, Banville a été, si on en juge par la quantité de poèmes mis en musique, le plus grand inspirateur du compositeur.

 

Par ailleurs, on doit à cette heureuse association la mélodie « Caprice » (L5) qui est tirée d' Amethystes et se trouve être la toute première pièce offerte à Marie Blanche Vasnier en 1880. La partition inédite, nous a été donnée par l'éminent pianiste et compositeur Noël Lee, premier grand interprète des oeuvres de jeunesse de Debussy qui a eu la bonté de nous écouter et de nous conseiller pour la préparation de cette enregistrement.

 

Ces onze oeuvres sont répertoriées par François Lesure entre les cotes L5 et L23.Pour terminer notre programme, nous tenons à proposer « Apparition » (L53), d'après un poème de Mallarmé, et qui fut la dernière pièce composée par Achille Claude à Ville d'Avray, la maison de vacance des Vasnier, en février 1884.

 

Pour plus d'informations musicologiques, nous vous invitons à lire l'extrait de " Prolégomènes aux Quatre Chansons de Jeunesse de Debussy " que vous trouverez en annexe et qui figurera dans le livret du CD. J'ai écrit la base de ce travail lorsque j'étais l'élève de Victor Kissine en Analyse Musicale au Conservatoire de Mons.

 

Pour la direction artistique de notre projet, nous recevrons le concours du Maestro Gianni Fabbrini. Grand francophile (il est le spécialiste italien de Poulenc), il est pianiste (coach) dans les plus grandes maisons d'opéra du monde, il est professeur de chant (ténor) au Conservatoire de Firenze ainsi qu'au Centre de perfectionnement Placido Domingo au Palais des Arts de Velencia, et est par ailleurs le premier assistant du Maestro Alberto Zedda au Festival Rossini de Pesaro.

 

Et aussi :

 

Pour la réalisation des visuels ainsi que pour ses tenues de scènes, Anne Renouprez a fait appel au couturier  Frédéric Luca Landi .
Frédéric Luca Landi a choisi d'installer sa maison de couture à Anvers en 2005 après avoir été assistant de John Galliano chez Dior  et Jean Paul Gaultier pour leurs collections respectives de Haute Couture à Paris. Depuis la création de sa propre marque, Frédéric Luca Landi soutient par ses créations les artistes qu'il admire et tout particulièrement le duo Anne Renouprez et Eliane Reyes.


Il est important de nos jours de soutenir par tous les moyens les jeunes talents de la musique classique trop souvent délaissée pour des mouvements plus commerciaux. ”. Frédéric Luca Landi

 

Premières réactions

 

Jennifer Larmore :

 

Dear Anne:

 Thanks for sending your selections. I listened very closely and can tell you that I love the feeling that you have with the text and the little bits of drama that come out clearly! Brava Your energy is wonderful and the collaboration with the piano (bravo pianist!) is terrific! Keep up the good work Anne! BIG hug!

Jennie

Elena Mosuc:

 

Ciao cara. Si, ho ascoltato adesso perche ieri ero morta dopo IL viaggio e dopo Le recite di Scala. In generale e molto bene quello che fai.I lied sono deliziose.

…/…

Brava e successi !

Elena

 

François-Xavier Roth:

Enfin j'ai pu écouter vos 2 Debussy ! Bravo a vous ! C'est vivant et plein d'esprit et de très bonne augure pour la suite de votre entreprise; amitiés, fxr

 

René Koering:

 

I heard the hyperlink of Anne on the Internet; It sounds really good and I will consider doing something together soon.

 

Contact presse (sortie du disque, interviews, concerts, etc) 

Hélène VILLETTE / Convergences

+33 (0)6 84 16 42 14 (portable ou GSM)

+33 (0)2 96 25 08 26 (fixe)

helene_villette@yahoo.fr

Manoir de la Ville aux Veneurs

22600 Trévé (France)

En réalité, il en subsiste trente-neuf. Debussy a composé deux mélodies antérieures d'après Musset. Il s'agit de « Ballade à la nuit » (L1, 1879) et « Madrid » (L2, 1879)...mais elles sont perdues. L3 (1879), également perdu, était un trio en Sol M pour piano, violon et violoncelle.

 

Annexe musicologique

ANNEXE

 

Extrait de "Prolègomènes aux Quatre Chansons de jeunesse de Debussy" par Anne Renouprez

 

I. LES DEBUTS D'UN COMPOSITEUR

 

1.3. D'une Muse nommée Marie à Rome, tombeau des "Regrets"

 

Victorine Moreau-Sainti, alors âgée de quarante et un ans, enseignait à Paris depuis 1878. Elle était la fille d'un ténor qui en plus d'une brillante carrière à l'Opéra-comique avait été professeur au Conservatoire. Elle avait en outre été l'élève de Madame Damoreau. Après des débuts à l'opéra dans les "Vêpres Siciliennes" en 1856 et une carrière de deux ans, elle avait suivi son jeune mari, qui était ingénieur, dans la ville de Reims où elle enseigna le chant. Ce n'est qu'après la mort de ce dernier, en 1876, qu'elle décide de retrouver Paris où elle installe son cours au 10 de la rue Taitbout puis au 7 de la rue Royale, à l'Ecole Internationale de Musique.

Durant quatre années (1880-1884), entre novembre et juin, Achille s'y rendra deux fois par semaine les mardi et vendredi à quinze heures.

Le répertoire des jeunes femmes du monde qui fréquentent le cours de Madame Moreau-Sainti est des plus éclectiques : Delibes, Bizet, Théodore Dubois… de sorte qu'Achille doit "ronger son frein" plus souvent qu'à son tour. Cela dit, il lui est doux de voir toutes ces jupes tourbillonner autour de lui. La plupart des mondaines du cours sont plus âgées que lui et il en est d'autant plus flatté. Une jeune femme en particulier a frappé son attention. C'est une belle rousse au regard vert. Elle a trente-deux ans et se nomme Marie Blanche Vasnier. Mère de deux enfants de dix et douze ans, elle est l'épouse d'un greffier des bâtiments de onze ans son aîné : Henri-A.Vasnier. C'est un homme de grande qualité, fort cultivé, passionné d'archéologie, d'hellénisme et de problèmes sociaux.

Achille a d'autres avantages. Ses dix-neuf ans, son regard pressant et son "type original de Florentin du Moyen Age" ont tôt fait de captiver la belle Marie. Cependant, elle est une femme mariée et Achille trouve pour la séduire une arme des plus redoutable : sa musique. "Caprice" , un sonnet de Banville tiré d' "Améthystes" dans "Les Exilés" servira le premier sa cause. Nous sommes en 1880. Dans cette mélodie, l'aimée tente de repousser son amant puis elle cède et le prie de venir à ses pieds "l'adorer jusqu'à la mort".

Bientôt Achille s'enhardit de dédicaces qui ne laissent aucune place à l'équivoque : "A Madame Vasnier, ces mélodies, conçues en quelque sorte par votre souvenir, ne peuvent que vous appartenir, comme vous appartient l'auteur". ou encore "A Madame Vasnier, la seule muse qui m'ait jamais inspiré quelque chose ressemblant à un sentiment musical (pour ne parler que de celui-là)" .

En parallèle à cette idylle naissante, Achille poursuit sa formation chez Emile Guiraud ainsi qu'il garde son élève, le jeune Cuignache. Mai arrive et avec lui un air de fin d'année. Achille dédicace et envoie à Nadejda von Meck une symphonie en Si mineur de sa composition.

Le cours de Madame Moreau-Sainti fermé, son élève confié au fidèle Vidal, Achille s'en va rejoindre pour deux mois les Von Meck à Moscou. Nous sommes à la fin de juillet 1881. Le 2 octobre, les Von Meck et leur hôte quittent la Russie pour un périple vers Florence. Vienne, Trieste, Venise, le luxe des wagons-salons, les merveilleux paysages, puis Rome dès le 12 octobre. Achille y achève "Triolet à Philis" d'après Banville ainsi que "Ouverture Diane" , pièce à quatre mains datée du 27 novembre, qu'il dédie et offre à son professeur Ernest Guiraud.

A Rome, Achille resserre ses liens avec la famille Von Meck. Ce séjour est également l'occasion d'énormément de musique. Arrivés à Florence, les Von Meck et Achille attendent le reste des enfants de Nadejda pour les fêtes de Noël 1881. C'est là qu'il termine "Souhait"… Encore du Banville.

Dès son retour à Paris, Achille est plus souvent chez les Vasnier qu'au Conservatoire. L'appartement familial n'est presque plus qu'un lit. Ses parents ont perdu sur lui toute emprise. Sa mère, "qui l'aimait un peu abusivement et avait tendance à le couver" prend vite ombrage de sa relation avec la femme mariée qu'est Marie Vasnier. Et ses conversations avec Vidal ne feront rien à l'affaire.

Achille a bien changé et semble avoir élu domicile dans la lune. Il dévore la poésie pour pouvoir mieux s'en emparer : Musset, Bourget, Girod, Gautier, Verlaine et surtout Banville. Il achève, le 8 janvier 1882, sa première mélodie sur un poème de Verlaine, "Fantoche" tirée des Fêtes Galantes . Achille travaille désormais chez les Vasnier tous les soirs et souvent l'après-midi. Il y compose en marchant, se promenant "de long en large dans la pièce en chantonnant, avec son éternel bout de cigarette à la bouche ou roulant entre ses doigts papier et tabac" Le soir, Marie chante de sa voix de "soprano élevée" les mélodies composées pour elle. Le 12 mai 1882, Achille et Marie se produisent même en public chez Flaxland.  Un autre concert dont le programme n'a pu être retrouvé, suivra celui-ci. Achille, amant comblé, jeune artiste applaudi par les dames de la bonne société se voit pousser des ailes. Il se fait même imprimer des cartes de visite où l'on peut lire "A. de Bussy" et fait publier sa première œuvre, vieille de deux ans, "Nuit d'Etoiles" dont il offre la dédicace Madame Moreau-Sainti.

En mai, Achille présente son premier examen d'essai du Prix de Rome : une fugue à quatre voix sur un sujet de Gounod ainsi qu'un texte du comte Anatole de Ségur à traiter en chœur pour voix de femme. Achille n'est pas admis à concourir. En juin, Guiraud note : "Quelques progrès. Nature mal équilibrée, mais intelligent. Arrivera, je crois". Achille ne semble pas effrayé par son examen de contrepoint et fugue qui approche, du moins si l'on en juge par sa perpétuelle production. Edmond Missa et Achille se partageront un Deuxième Accessit.

L'été arrive et Achille doit penser à rejoindre ses désormais amis les Von Meck. Cependant son Amour le retient à Paris. Les Vasnier partent bientôt à Ville d'Avray où ils ont une villa en location. Achille s'y rend chaque jour matin pour ne repartir que par le dernier train. L'ambiance est au travail mais aussi au rire et à la détente. Marguerite Vasnier, jeune témoin des amours de sa mère, confiera plus tard quelques jolies pages de souvenirs à la Revue Musicale- mai 1926-.

Le 14 juillet, l'annonce du décès de sa marraine Clémentine rappelle à Achille qu'il a encore une famille. Celui-ci attendra la fin août pour rejoindre Nadejda et ses enfants à Moscou. Il arrive à Plechtchevo le 8 septembre. Achille est épanoui par l'amour et les lettres de Nadejda à Tchaïkovsky témoignent de son air joyeux : "Il va nous mettre de la vie dans toute la maison. C'est un vrai gamin de Paris, spirituel comme pas un et qui excelle dans les imitations. Il vous imite Gounod et Ambroise Thomas à la perfection; c'est à mourir de rire…"

A Plechtchevo, les activités musicales sont surtout concentrées sur le trio Bussik. Les rhumatismes articulaires dont souffre Nadejda l'empêchent de se livrer au quatre mains qu'elle affectionne tant. Les mélodies de Balakirev sont cette année à l'honneur. Le 3 octobre, la joyeuse bande part pour Vienne. Et cette fois encore Achille fait une rentrée tardive au Conservatoire. Il rapporte de son voyage "Mandoline" et "En Sourdine" , toutes deux composées sur des poèmes de Paul Verlaine. Avec ces mélodies s'achèvent les trois luxueux étés goûtés en compagnie de l'extravagante et passionnée dame russe. Deux ans plus tard, à l'annonce du Prix de Rome de son jeune ami, Nadejda écrira à son confident : "Je ne suis pas surprise, c'est un garçon fort bien doué et ses longs séjours auprès de moi l'ont mis à même d'élargir son horizon et d'affiner son goût pour le contact des musiques étrangères".

Le premier janvier 1883, Achille offre "Mandoline" à sa bien aimée. Ses vœux : "Je vous la souhaite bonne et heureuse" accompagnent cette dédicace : "Parmi les souhaits qui montent vers vous, permettez-moi de former celui-ci : que vous soyez toujours celle qui a donné la forme rêvée par les musiciens en délire, à la pauvre musique de celui qui sera toujours votre ami et compositeur dévoué. Ach. Debussy."

Ernest Guiraud n'est toujours pas entièrement conquis par Achille à qui il redit son agacement de son séjour à Bayreuth et la cependant magnifique beauté de "Parsifal". Le 2 février, Achille apprend sa dispense par tirage au sort du service militaire et, onze jours plus tard, c'est la mort de Richard Wagner. Achille compose. Il a également entrepris de réunir en un recueil des mélodies qu'il destine à Marie, il s'agit du future Recueil Vasnier . Dès son arrivée à Paris, il y copie les cinq "fêtes galantes" : "Pantomime", "En Sourdine", "Mandoline", "Clair de Lune" et "Fantoche". Le 31 mars, il y insère "Coquetterie Posthume" d'après un poème de Théophile Gautier. Peu après, Achille ajoute un duo composé pour eux d'après Musset "Chanson Espagnole". Achille met à ce moment la première main à un projet ambitieux. Il s'agit de "Diane au Bois" de Théodore de Banville.

L'examen d'essai de Prix de Rome avance à grand pas. Debussy n'en veut rien entendre mais Vidal parvient à l'en convaincre. Du 5 au 11 mai, Achille et Vidal entrent donc en loge. Une fugue vocale (sans piano) et un chœur avec orchestre sur "Invocation" de Lamartine sont leurs exercices. Le 23 juin, Achille apprend qu'il est classé quatrième derrière son ami Vidal. Cette fois, c'est vingt-cinq jours loin de Marie qui l'attendent au château de Compiègne. Le texte imposé de la cantate est "Le Gladiateur" malencontreusement commis par Emile Moreau : "Mort aux Romains, tuez jusqu'au dernier…". Au bout de cent dix-huit feuillets et de visites de ses parents ainsi que des Vasnier, Achille est libre. Le 22 juin a lieu l'audition des cantates à l'Institut. C'est Charles Gounod qui préside la cérémonie. Grâce à Guiraud, Achille bénéficie de très bons interprètes. Au quatrième tour, Debussy remporte le Second Grand Prix; tandis que Vidal obtient d'emblée le Premier.

Rue Capeyron, les deux amis entourés de la famille Debussy et d'Emile Guiraud fêtent leurs succès.

A Ville d'Avray, Achille poursuit ses projets d'écriture. Dans "Les Aveux" de Paul Bourget, il trouve "Romance" sur laquelle il compose.

"L'ivresse ardente de la vie

Fait défaillir l'amant ravi

Et l'on n'entend battre qu'un cœur."

Ensuite, et du même auteur, il retient "Musique" et au début de l'automne "Paysage Sentimental".

Au Conservatoire, Achille apparaît maintenant comme quelqu'un de singulièrement sûr de lui. Le 28 octobre, une lettre de Paul Vidal à Henriette Fuchs en est le témoin : "Que faites-vous de Debussy? A-t-il raccourci l'orgueil de sa crinière?"

Paul Vidal, dèsormais résident à la Villa Médicis, avait cédé son emploi d'accompagnateur auprès de la Concordia à son camarade. La Concordia était une société chorale d'amateurs fondée en 1880 par Edmond Fuchs, ingénieur des mines. Sa femme Henriette y chantait en soliste dans différents concerts et soirées de bienfaisance où se produisait la chorale.

Achille, qui signe encore "de Bussy", reçoit cinquante-cinq francs d'appointements annuels. En dépit d'un Gounod à la présidence d'honneur de la Concordia, Achille se sent quelque peu à l'étroit dans cette société d'où sont exclus les choristes professionnels parce qu'ils vivent "le matin de l'autel et le soir du théâtre". Dès le 30 novembre 1883, Achille commence à faire défaut lors de certaines répétitions. On sait qu'il assurera quatre concerts avec la Concordia. Le 10 janvier 1883, le 1 er mars, le 8 avril et le 21 mai.

Parallèlement, Debussy poursuit ses activités chez Madame Moreau-Sainti, plus enrichissante par la compagnie présente que par les extraits lyriques à accompagner- à l'inverse de son autre emploi-.

C'est environ au début de février qu'Achille Claude réattribue une orthographe correcte à "Debussy". Il poursuit ses créations sur des textes de Bourget avec "Romance- Voici que le Printemps" et "La Romance d'Ariel". "Apparition", qui suit le poème tiré de "Aveux" de Bourget, est l'occasion d'un premier contact avec la poésie de Stéphane Mallarmé.

Achille fréquente peu les cours de Guiraud au Conservatoire et déclare à Vidal que Rome lui est "bien défendu", il n'ira pas! Guiraud et Debussy sont maintenant devenus des complices. Ils passent leurs soirées à jouer au billard dans un café de la rue La Bruyère, puis se reconduisent "mutuellement, plusieurs fois de suite, à leurs domiciles respectifs".

C'est avec des pieds de plomb qu'Achille entre en loge du 10 au 16 mai 1884. Le chœur à quatre voix et orchestre est heureusement cette année-là associé à l'ouvrage d'un librettiste de talent : Jules Barbier avec "Le Printemps". Le jugement du 17 octroie, comme l'année précédente, la quatrième place à Achille Claude. Le 24 mai, il retrouve Compiègne pour vingt-cinq jours. Il s'agit cette année de composer une scène lyrique sur un texte d'Edouard Guinand, commandé pour l'occasion par l'Académie des Beaux-Arts : "L'Enfant Prodigue" . Guiraud qui iop cette fois encore conseille son élève et ami dans le bon choix de ses interprètes, est miraculeusement nommé comme juré supplémentaire.

Les 27 et 28 juin ont lieu les séances d'audition pour le Prix de Rome : "L'effet fut considérable". On peut lire sur la partition d'Achille les notes de l'Académie. "Sens poétique très marqué, coloris brillant et chaud, musique vivante et dramatique".

Achille Debussy était sur le Pont des Arts lorsque, tout à coup, quelqu'un le frappa sur l'épaule et dit d'une voix haletante : "Vous avez le Prix!" . A l'instant, toute sa joie tomba. "Je vis nettement, écrit Debussy plus tard , les ennuis, les tracas, qu'apporte le moindre titre officiel. Au surplus, je sentis que je n'étais plus libre."

En effet, cette réjouissante nouvelle lui annonçait deux insurmontables années loin de Marie.

Il fit relier en maroquin souple le recueil de mélodies qu'il laissa à sa muse en gage de son amour. "Regret", la sixième pièce de Bourget, clôture le recueil qu'il intitula "Chansons".

"Devant le ciel d'été tiède et calme

Je me souviens de toi comme d'un songe

Et mon regret fidèle aime et prolonge

Les heures où j'étais aimé"

 

Sur la page de garde de son cadeau d'adieu, il trace pour dédicace :

 

 

Le 28 janvier 1885, Achille Claude Debussy prend le train pour Rome.

 

II. DEBUSSY ET PIERROT

2.1 Le Secret des Quatre Chansons de Jeunesse

 

Il n'est en réalité pas de grand secret qui entoure les " Quatre Chansons de Jeunesse" . Elle figure simplement, et tant pis pour la petite histoire, un ensemble de quatre œuvres du Debussy d'avant Rome.

C'est la Revue Musicale qui décide de les assembler en mai 1926. "Pantomime",  "Clair de Lune", "Pierrot" et "Apparition" font alors l'objet d'une publication dans le  Supplément Musical titré : " La Jeunesse de Debussy".

En 1969, Arthur Hoérée et les éditions Jobert décident de les publier, non sans mentionner dans leur introduction le nom de Charles Koechlin. Ce dernier qui signait en mai 1926, un article de vingt-six pages : "Quelques anciennes mélodies inédites de Claude Debussy" dans cette même Revue Musicale.

Hormis l'édition de  "Nuit d'étoiles" , cédée le 6 juin 1882, pour 50 francs, au petit éditeur catalan Emile Bulla ; on peut tenter de résumer l'histoire des éditeurs ayant publié Debussy de son vivant de la manière suivante :

- De 1894 à 1900 : Editions Eugène Fromont.

On les doit en réalité à George Hartmann qui dès 1891 publiait sous le couvert de son collègue Fromont dont le seul nom figurait sur les pages-titres.

Il faut noter ici qu'en 1922, les éditions Fromont s'associent aux éditions Jean Jobert crée en 1910.

-Dès 1903 : Editions Jacques Durand.

Claude Achille Debussy signe en effet le 17 juillet 1905 un contrat d'exclusivité avec son ancien camarade de Conservatoire.

2.2. Histoire d'une Légende

 

Les Quatre Chansons de Jeunesse, composées entre 1881 et 1884 ont un lien très certainement à l'origine de leur réunion : Pierrot.

En préambule à leur découverte, c'est de cette figure énigmatique que ce chapitre va discourir. Car Pierrot n'est pas seulement une légende. Il fut d'abord un mime illustre, si grand par son génie que quantité d'artistes de sons siècle l'ont célébré.

Jean Gaspard Deburau, puisque c'est là son nom, est né en Bohème - à Neukolin- le 13 juillet 1796. Après bien des pérégrinations, il arrive avec sa famille à Paris. Les Deburau s'installent alors dans la coure du 100 de la rue Saint-Maur où ils se produisent. Le père de Jean Gaspard, Philippe Germain - d'origine française- a fait de sa famille une troupe d'artistes d'agilité. Nous sommes en 1814. Environ deux ans plus tard, la troupe-famille Deburau est remarquée par Nicolas Michel Bertrand, directeur du Théâtre des Funambules. Jean Gaspard est engagé "par-dessus le marché !". A cette époque, il est le "faire valoir" de la troupe, c'est-à-dire qu'il sert les acrobates pendant leurs exercices.

Durant trois ans, Jean Gaspard est tout au plus figurant aux Funambules. Mais un jour de 1819 le mime Blanchard, Gilles des pantomimes du théâtre, ne se présente pas. Le régisseur est affolé, et le directeur absent, c'est le codirecteur Fabian qui monte sur la scène calmer le public qui s'impatiente et proteste. Il annonce alors un nouveau mime, espoir du théâtre : Baptiste. Or, aucun Baptiste ne travaillait alors aux Funambules. Cependant, tous les théâtres du Boulevard du Temple avaient le leurs. Voilà comment Jean Gaspard "Baptiste" Deburau est devenu "Pierrot". Mais Deburau n'est pas encore au sommet de sa gloire. Ce n'est là qu'un petit début. Il va lui falloir neuf années pour devenir le roi incontesté du Boulevard du Crime. Le 19 juillet 1828, Charles Nodier salue les talents du grand Pierrot dans un article du "Pandore". Bientôt, Deburau a pour spectateurs Gérard De Nerval, Théophile Gautier, Jules Janin, Georges Sand, Théodore De Banville... et le tout Paris vient l'applaudir.

Un petit chapitre ne peut suffire à bien peindre la vie de Jean Gaspard Deburau. Qu'il me suffise de dire qu'avant lui, c'était l'Arlequin le prince des pantomimes. Le Pierrot, alors appelé Gilles - que l'on peut voir peint par Watteau - recevait les coups de batte et non les baisers de Colombine. C'est Deburau qui, au fil de sa carrière et de sa vie si tristement mouvementée va, peu à peu, faire de Pierrot ce que l'on a retenu de lui. Il le dénature, l'agrandit, le change. Théophile Gautier parlera même de "trahison" du rôle initial. Pierrot désormais donne les coups de pied, empoisonne Cassandre, violente les fées et ne parlons pas de ce qu'il fait subir chaque soir à Arlequin. Pierrot est amoureux ou mélancolique, et c'est lui qui triomphe à l'apothéose. Piètre vengeance sur une vie qui ne lui aura rien épargné...

Jusqu'au déclin de la pantomime, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, le 17 juin 1846, Deburau attirera les foules. De son vivant, des plaquettes et des livres seront publiés, qui comptent son histoire.

Quelques jours avant sa mort,  on raconte que Deburau s'était inventé cette épitaphe :

"Ci-gît un comédien, qui a tout dit sans jamais parler."

 

2.3 Des poètes romantiques aux Funambules.

 

Ce dernier chapitre sera le prétexte à la présentation des Quatre Chansons , et le lieu d'un mot... ou deux sur l'auteur des textes poétiques.

 

Pierrot

 

"Pierrot" est la quinzième œuvre de Debussy répertoriée par François Lesure.

Cette mélodie fut composée, sur un texte de Théodore de Banville, vers 1881.

Elle est dédicacée à Marie Blanche Vasnier.

 

François Lesure mentionne sa provenance de manière approximative : "Les Cariatides" , livre III, N° 6. Il est effectivement très difficile de savoir où Achille Claude a trouvé le poème de "Pierrot" . La première édition des "Cariatides" de Banville parait chez Pilout - Paris - en 1842 lors que Debussy n'est pas encore né. Il y aura pour cette seule œuvre diverses parutions, chez des éditeurs différents. On peut toutefois mentionner l'année 1877 où l'éditeur Lemerre - Paris publie la plus complète des éditions des "Poésies" de Théodore de Banville, et ce, du vivant de l'auteur.

 

Théodore de Banville (1823-1891) était l'ami du futur chef de l'école réaliste : Jules François Husson, dit Champfleury (1821-1889). Dans leur jeunesse, ils appartiennent à un groupe d'artistes nommés "les buveurs d'eau". C'est l'époque de la vie de bohème, qu'un des leurs : Henri Murger, va immortaliser dans son ouvrage "Scène de la vie de Bohème" en 1848. Champfleury jouera un rôle primordial dans l'histoire des Funambules. En 1846 il propose à ce théâtre sa première pantomime : "Pierrot, valet de la mort" - créé le 12 octobre 1846 -. Outre bien d'autres pantomimes à succès, Champfleury laisse un précieux ouvrage, témoin de cette époque : "Souvenirs des Funambules" . Son ami Banville quant à lui publie en 1857 un recueil de poèmes intitulé "Odes Funambulesques"...

 

Apparition :

 

"Apparition" est la cinquante-troisième œuvre de Debussy répertoriée par F. Lesure.

Cette mélodie fut composée, sur un texte de Stéphane Mallarmé (1842-1898), le 8 février 1884.

Elle est dédicacée à Marie Blanche Vasnier.

Le poème de l ‘auteur de "L'Après-midi d'un Faune" (juin 1865) parait pour la première fois dans la revue "Lutèce" de novembre 1883 dans un des articles de Paul Verlaine "les poètes maudits".

Cette première parution constitua la pré-originale des "Poètes Maudits" de 1884 également chez l'éditeur Vasnier.

 

Ce poème constitue une œuvre de jeunesse de Mallarmé. Il a vingt et un ans (1863) lorsqu'il le compose en hommage à la fiancée de son ami Tazolis.

"Apparition" , qui clôture les chansons de jeunesse est peut-être le plus "vaguement" en rapport avec notre ami Pierrot. Il est néanmoins tout à fait dans l'esprit dans pantomimes-fééries dont on pouvait se divertir au théâtre des Funambules : Lune, séraphins, songerie, rêve, fée, bouquets d'étoiles... en sont autant d'indiscutables indices.

 

2 mélodies de Debussy